samedi 2 avril 2011

La mort

Un dimanche matin comme les autres, je suis réveillée, j'ai préparé du café et juste lorsque je m'installais pour siroter ma drogue quotidienne, j'ai entendu des hurlements qui venaient de la concession voisine.  La boisson chaude que j'aime tant est soudain devenue bien amer, car j'ai tout de suite compris le motif de ces cris. Ma voisine préférée venait de perdre sa mère.

Je savais que ça allait arriver. Les deux jours précédents, la mère a souffert le martyr. Elle a perdu beaucoup de sang et elle ne pouvait même plus s'asseoir. Elle avait mal partout. Cette femme souffrait depuis 1 an et demi. Sans arrêt. Elle avait attrapé une bactérie. Quelque chose qu'on aurait soigné super rapidement au Canada. Malheureusement, son cas s'est aggravé. La famille a attendu avant d'aller à l'hôpital. Payer l'équivalent d'un dollar pour prendre le bus et se rendre en ville est déjà une grosse somme pour eux alors imaginez pour les médicaments! À l'hôpital, on n'a rien trouvé… Alors, la famille s'est tournée vers les médecines traditionnelles. Ils ont amené la mère chez un charlatan (médecin traditionnel, un peu sorcier) et celui-ci a charcuté la mère. Il l'a «opéré» à froid et dans des conditions pas hygiéniques. Les plaies se sont infectées et la femme s'est retrouvée dans un vrai hôpital (qui ressemble plus à une clinique provisoire). Là-bas, on l'a soignée. Ensuite, elle est rentrée à la maison, elle a pris des médicaments super couteux pendant trois semaines et elle est retombée malade. Ses plaies se sont réinfectées et l'infection s'est propagée au reste du corps. Un matin, la femme a commencé à saigner du nez et comme la famille était à cours de moyens, ils n'ont pu que la regarder dépérir. Après de longs mois de souffrance, elle a finalement rendu l'âme.

Les cris de ce fameux dimanche matin ne m'ont donc pas trop surprise. J'ai tout de suite deviné ce qui s'était passé et je suis directement allée chez eux. J'ai trouvé ma voisine assise dans un petit coin. Un groupe de femmes l'entourait. Elle était inconsolable. Elle pleurait, elle criait et elle chantait. On aurait dit qu'elle avait perdu la tête. Elle n'arrêtait pas de dire des choses dans sa langue. Je ne comprenais rien, mais c'était tellement triste.

Au début, nous n'étions qu'une dizaine de femmes assises par terre, devant la case de la mère. Peu de temps après, le défilé des pleureuses a commencé.  Elles arrivaient à tout moment en pleurant plus fort que les précédentes. Celles qui étaient déjà présentes les accueillaient aussi par des sanglots et des chants mélancoliques. Parfois, certaines se jetaient et se roulaient  dans le sable en hurlant leur douleur. Immédiatement,  des vieilles venaient les relever et criaient pour qu'elles se calment. À la fin, personne n'était calme et tout le monde pleurait.

Les hommes, plus tranquilles, étaient assis ensemble sous un arbre, un peu plus loin. Ils parlaient à peine et ne bougeaient pas trop. Quelques-uns creusaient un grand trou à côté de la concession. Juste derrière ma maison...

La mère est morte vers 8h. À 10h, on l'a enterrée à côté de sa maison. Avant de la mettre en terre, un prêtre est venu dans la concession. En 10 minutes, une centaine de personnes se sont rassemblées pour une courte cérémonie. Une fois la prière terminée, on a enveloppé le corps dans un tapis de paille et on l'a emporté dehors pour le poser dans le trou. Il y a eu d'autres prières et les hommes ont recouvert le corps avec de la terre.

Ensuite, les gens sont retournés chez la défunte. Le deuil a duré trois jours. Le spectacle des pleureuses a duré trois jours. Heureusement les soirs, l'ambiance était plus sereine. Les voisins et la famille se réunissaient pour chanter des cantiques jusqu'à l'aube. C'était beau à voir et à entendre.

Ici, tout le monde est toujours en deuil. Depuis mon arrivée, une vingtaine de personnes de mon entourage ont perdu la vie. Je n'exagère pas. La plupart de ces décès sont dus à des maladies qui, selon moi, seraient rapidement et facilement soignées au Canada. Il y a aussi de nombreux cas de mortalité infantile et beaucoup d’accidents dus à la négligence.

Ici, les gens semblent accepter facilement la mort. «C'est Dieu qui décide» disent-ils souvent. Des fois, je me demande pourquoi ce Dieu est aussi cruel avec les gens de l'Extrême Nord. J'ai du mal à imaginer qu'on puisse s'habituer à perdre les gens qu'on aime. J'ai du mal à comprendre qu'on puisse facilement accepter de devenir orphelin, accepter de perdre ses propres enfants, accepter de voir mourir celui qu'on aime.

Ce jour-là chez ma voisine, mon amie, j'ai beaucoup pleuré. J'ai pleuré un peu la mort de sa mère et beaucoup l'injustice de la vie. J'ai pleuré sur l'inégalité des chances, sur ce fossé qui existe entre les riches et les pauvres. C’est comme s'il y avait deux catégories d'êtres humains. Une catégorie qui vit relativement bien et une autre qui doit accepter les pires souffrances. J'ai pleuré de rage. La vie est tellement injuste.



lundi 7 mars 2011

Les femmes

Le transport de l'eau
Lorsque le soleil se lève sur Mouda, une longue journée de travail commence pour les femmes du village.

Dès 5h30, la femme doit se lever pour aller chercher de l'eau pour son mari et ses enfants. Ici, l'expression «l'or bleu» prend tout son sens puisqu'il n'y a pas d'eau courante et les points d'approvisionnement sont rares. La source la plus populaire est située à 15 minutes de marche du village, derrière deux collines difficiles à traverser. L'eau se porte sur la tête, par les femmes et les filles. Elles peuvent transporter jusqu'à 40 kg à chaque fois et elles doivent faire plusieurs tours pour combler les besoins de la famille.

Préparation de la bouillie
Une fois la corvée de l'eau terminée, la femme doit cuisiner la bouillie pour les enfants et les préparer pour l'école. Comme les familles sont nombreuses, il y a beaucoup d'enfants à préparer et beaucoup de bouches à nourrir.


Balayer la cour, mon activité préférée...

Ensuite, elle lave la vaisselle sale de la veille, elle nettoie la maison et elle balaie la cour. Une fois ces tâches ménagères terminées, elle est prête à aller travailler dans le champs de son mari ou encore, ce qui est plus rare, à se rendre au travail. Au champs, il n'y a pas d'outils sophistiqués pour cultiver la terre. Tout se fait avec la machette, la houe et la force des bras.

De retour avec le bois de cuisson

À son retour, elle retourne puiser de l'eau et elle prépare la nourriture du soir. Ces jours-ci, c'est le temps de la récolte du mil jaune. Beaucoup de femmes rentrent du champs vers 18h. À part ces tâches quotidiennes obligatoires, les femmes du village doivent aussi aller chercher du bois de cuisson très loin dans la brousse, laver les vêtements de toute la famille, surtout ceux du mari, piler et préparer le mil. Ici, tout se fait à la main et le bébé au dos. Il n'y a pas de machine à laver et pas de robot culinaire.

Les tâches ménagères sont uniquement pour les femmes et les filles. Qu'elles soient jeunes, vieilles, enceintes ou malades. Le sort est le même pour tout  membre du sexe féminin, quelque soit son âge et sa condition physique. Les élèves du primaire ne sont pas épargnées, ni celles du lycée, ni les vieilles qui se promènent avec une canne, ni les futurs mamans qui sont dans un stade de grossesse avancée. S'il y a beaucoup de filles dans une famille, elles se partagent le travail. S'il n'y en a qu'une, elle fait tout, toute seule. C'est la coutume.


Des voisines en train de faire la lessive
 Si une femme ne travaille pas bien et si elle n'obéit pas à son mari, ce dernier doit alors la corriger. Une bonne épouse doit toujours bien se comporter, demander la permission avant de sortir et respecter toutes les décisions de son époux. Si elle désobéit, elle doit en subir les conséquences. C'est la tradition.

Le rôle de l'homme est de nourrir sa famille. Selon la coutume, c'est lui qui possède les terres et la maison. Donc, quand une femme se marie, elle va vivre chez son époux et elle va travailler à la sueur de son front sur les terres de celui-ci. À la fin, l'argent des récoltes revient au chef du foyer, puisque les terres lui appartiennent. C'est de cette façon qu'il amène l'argent dans la famille.

Une voisine en train de piler le mil
L'homme a aussi le droit de posséder plusieurs femmes. Si elles ne lui suffisent pas, il a d'autres amies ailleurs. Si une de ses épouses l'embêtent, il peut la chasser. Elle part seule et lui, il garde les enfants. Si un jour, le mari meurt, ses propriétés reviennent à ses fils. Une fille ne peut hériter d'un terrain, puisqu'un jour, elle va se marier et elle appartiendra à une autre famille.

Demain, ce sera le 8 mars. La journée internationale de la femme. Je ne sais pas trop quoi penser de cette journée. Toutes les femmes du Cameroun se préparent à faire la fête. Un tissu spécial est sorti pour l'occasion. Toutes celles qui en ont les moyens l'ont acheté et se sont fait coudre un habit neuf. Les femmes de Mouda aussi fêteront demain. Si leur mari le leur permet.

Le jour suivant, ce sera le 9 mars et la vie continuera comme avant. Hommes et femmes respecteront les coutumes et les traditions...
Le transport de l'eau


lundi 28 février 2011

Le travail


Steph au travail

Si j'ai un peu négligé le blog ces derniers temps, c'est parce que je vais bien et que le travail me tient très occupée. Lorsque que j'ai commencé ce blog, je m'étais promis de ne pas parler du travail que je fais ici. Aujourd'hui, les choses ont changé. Je trouve mon travail aussi intéressant que mes aventures au Cameroun et j'ai envie de le partager avec vous.

Mon mandat avec VSO s'est précisé avec le temps. Alors que les premiers mois ont été plutôt calmes, les dernières semaines ont été particulièrement chargées, tout comme les semaines à venir. Ici, je suis conseillère en développement scolaire. Je n'enseigne pas dans les classes, mais je fais tout un tas d'activités liées à l'éducation de base. J'interviens dans quatre écoles primaires situées dans quatre villages différents.

La situation scolaire de l'Extrême Nord est bien différente de celle du Québec. Dans les écoles primaires, il manque de tout: enseignants, matériels didactiques, infrastructures, personnels qualifiés, etc.. Le contexte culturel est complexe et la pauvreté y est présente dans toutes les sphères de la vie. J'ai passé beaucoup de temps à observer avant de commencer à agir.


La pire salle de classe que j'aie visitée.

Je travaille principalement avec des associations qui ont pour but de soutenir l'école. Ces associations sont les APEEs (Association de Parents d'Élèves et Enseignants) et les AMEs (Associations de Mères d'Élèves).

L'APEE a pour but de mobiliser tous les parents afin qu'ils s'impliquent dans les activités de l'école. Chaque APEE a un comité directeur qui est le pilier de l'association. Il s'occupe de la collecte de l'argent ou du mil. Souvent, les parents ne peuvent pas donner d'argent, alors ils paient en nature en donnant le fruit de leurs récoltes, le mil. Le comité directeur planifie aussi les activités et organise les assemblées générales. L'argent recueilli par l'association sert à payer le salaire de certains enseignants et à combler les manques de l'école.


L'école de Sarmoizougui

Malheureusement, la tâche est lourde. Les écoles manquent vraiment de tout et les parents les plus impliqués ont du mal à mobiliser les autres parents de la communauté. Ces derniers ne paient pas leurs cotisations ce qui affecte l'efficacité de l'APEE. De plus, ce concept est relativement nouveau et tous les membres de la communauté ne comprennent pas l'utilité de ces associations. Pour terminer, l'isolement de ces villages, la tradition et le taux d'analphabétisme élevé de la population rendent le travail encore plus difficile.

Je travaille aussi avec les AMEs, c'est-à-dire les Associations de Mères d'Élèves. À cause de plusieurs facteurs culturels et sociaux, les femmes ne participent pas aux réunions de l'APEE et elles ont moins de pouvoir que les hommes dans l'éducation de leurs enfants. À la maison, elles doivent obéir à leur mari et elles n'ont pas le droit de le contredire. C'est l'homme qui prend les décisions. Peu importe la décision. Même lorsqu'elle concerne l'éducation des enfants que les femmes mettent au monde dans la souffrance. C'est le père qui est convoqué aux réunions de l'école et il n'enverra pas sa femme à sa place.

Si l'objectif premier des AMEs est de promouvoir l'éducation de la jeune fille, dans les faits, c'est avant tout une occasion pour les femmes de se regrouper et de s'impliquer davantage dans l'éducation de leurs enfants et dans les prise de décisions de l'école. Lorsqu'elles font partie d'une AME, elles deviennent plus fortes et elles peuvent réaliser des choses ensemble. L'AME leur offre un espace où elles peuvent s'exprimer et où leur opinion a de la valeur.

 

Journée de formation pour une AME

Comme je l'expliquais au début de cet article, j'ai longtemps observé avant d'agir. Au début, tout me semblait tellement compliqué. Puis un jour, j'ai commencé à participer activement aux réunions des associations de parents et à proposer des idées. Ensuite, j'ai commencé à faire des formations pour des groupes précis, ayant des besoins ciblés. Ensemble, nous avons commencé des petits projets concrets, simples, mais utiles. Par exemple sur cette photo, les femmes de mon village ont reçu une formation sur la fabrication du foyer amélioré, une solution locale au problème de la coupe du bois de cuisson. Ce petit four se fabrique avec de l'argile, de la paille et des excréments d'ânes. Après cet atelier, mes mains ont senti le kaka d'âne pendant toute une journée!!



Sensibilisation à Mobono

J'ai aussi mené un projet de sensibilisation à ma façon. J'ai décidé d'utiliser l'art pour faire passer un message. Pour rassembler les gens, les faire réfléchir et les divertir j'ai eu l'idée d'utiliser la musique et le théâtre. J'ai donc rejoint un chanteur, je lui ai demandé de composer une chanson qui parle de tous les problèmes rencontrés par les acteurs de l'éducation. Il en a composé une version en français et une autre en guiziga, la langue locale. Les villageois ont tout de suite adopté la chanson. J'ai aussi écrit cinq petits sketchs que j'ai remis à un groupe d'acteurs. Eux, ils y ont rajouté leur sauce, leurs épices pour en faire une belle œuvre en langue guiziga. Avec tout ce matériel, nous avons organisé quatre représentations. À chaque fois, ce fut un succès. La chanson à gagné les cœurs et le théâtre en a fait réfléchir plusieurs. Après chaque événement, le public repartait heureux et plus instruit. Plusieurs centaines de spectateurs se sont présentés à ces sensibilisations.

 
Je n'ai aucune raison pour ne pas me donner à fond dans le travail et c'est ce que je fais. Voilà pourquoi je ne me manifeste pas trop ces derniers temps. Avant de terminer, je tiens à dire que je ne réussirais pas grand chose sans la collaboration de Aminou, mon coéquipier. Je ne suis jamais seule sur le terrain et sans la présence d'un volontaire national, mon travail n'aurait pas la même valeur.

L'équipe

dimanche 23 janvier 2011

En cuillère avec Elvis



Avant la randonnée

L’histoire commence par l’idée lumineuse d’une de nos camarades. Pour préserver son anonymat, appelons la MF. Un bon matin, MF propose une randonnée de trois jours sur le Mont Cameroun, un volcan en activité. Ne sachant pas ce que cela impliquait et toujours prête à vivre une nouvelle aventure, j’ai accepté de me joindre au groupe. Pour l’occasion, je me suis même acheté un petit «kit Mont Cameroun». La classe non!

Après avoir payé une fortune pour les droits d’accès à la montagne, la location des sacs de couchage, le salaire des porteurs et la nourriture, nous étions prêts à atteindre le sommet situé à 4000 m d’altitude. Trois jours de marche nous attendaient. Le premier jour, nous devions marcher 8h, le deuxième 11h et le dernier jour, un petit 7h...

Le brouillard
Les deux premières heures ont été fort agréables. Nous étions comme des petits scouts en randonnée dans la forêt tropicale. Nous chantions, nous riions, nous étions insouciants, bref la vie était belle. Ce bonheur n’a duré que deux heures. Il a disparu une fois arrivé dans la savane*. À partir de ce moment, la souffrance a commencé. Nous n’avons fait que grimper, grimper et encore grimper. Il n’y avait rien d’autre à faire. Il était même difficile d’admirer le paysage puisqu’un épais brouillard entourait la montagne.



Au milieu de nulle part...
 Après six heures d’escalade, nous sommes arrivés dans la cabane de tôle où nous allions passer la nuit. Elle était laide, sale, délabrée et couverte de graffitis. Ce n’était pas rassurant mais... Avions-nous d’autre choix? Après avoir mangé et écouté une certaine histoire de beignet magique... Nous sommes allés nous coucher dans l’horrible abri, où il faisait terriblement froid. Sur le plafond, on pouvait lire : «Elvis was here». Je me suis donc assoupie en pensant à Elvis. Je commençais tout juste à m’endormir lorsque j’ai entendu un vacarme dans la cabine voisine. Était-elle hantée?? Avant de nous coucher, nous étions seuls dans ces lieux et voilà qu’en plein milieu de la nuit, on entendait des voix. J’ai vraiment eu la frousse. Était-il possible que des gens escaladent la montagne la nuit, par un froid pareil?? Cela me paraissait invraisemblable. Pourtant, ce n’était pas des fantômes qui occupaient les lieux, mais un groupe de jeunes irrespectueux. Toute la nuit, ils ont eu un débat bruyant sur ... la meilleur façon de préparer du poulet! Leur tapage a duré jusqu’aux petites heures du matin.

Ce n’est pas tout! La cerise de la montagne a été la rencontre avec notre nouveau coloc. Au beau milieu de la nuit, MF a commencé à s’agiter dans son sac de couchage. Prise de panique, elle a allumé sa torche pour éclairer... les yeux luisants d’un rat immense qui se promenait juste à côté de nos têtes. Nous nous sommes tous levés pour emballer la nourriture, en espérant que le rat se pousse. Cela n’a pas un brin découragé notre ami rongeur qui a passé la nuit à se balader entre nos sacs de couchage. Le lendemain matin, une belle surprise attendait une de mes camarades. La bête avait rongé son sac jusqu’à le trouer.

La savane
Après cette horrible nuit, onze heures de marche nous attendaient. Il restait quatre heures d’escalade sauvage avant d’arriver au sommet et par la suite, c’était la descente qui commençait. Sans aucun enthousiasme, j’ai repris la route. Plus on montait, plus il faisait froid. À chaque fois qu’on atteignait un sommet, un autre plus haut se dressait derrière. On était perdu au milieu de nulle part, je manquais de sommeil, il faisait froid et j’avais mal partout.

Alors que nous étions presque arrivé au cratère, MF a craqué. Ses genoux ne pouvaient plus la soutenir. Celle-là même qui nous avait traîné jusque-là, était forcée de rebrousser chemin, à une heure du sommet. Comme je ne voulais pas la laisser redescendre seule et que l’idée de me faire photographier dans mon kit vert fluo ne m’excitait plus comme avant, j’ai décidé de la raccompagner.

MF, incognito...

Nous sommes donc revenus sur nos pas. Dans ma tête, nous pouvions être en ville avant la nuit. Je rêvais d’un bon lit chaud dans une chambre propre sans amis indésirables. J’imaginais la fin de mon calvaire. Malheureusement, je rêvais en couleur. Mon amie souffrait vraiment. Il a fallu 7h pour parcourir la même distance du matin. Le soir, j’ai encore partagé ma couche avec l’horrible bestiole qui était plus hyperactive que la nuit précédente.

Le lendemain, la descente a duré 10h. Elle aurait plus être plus longue si nos porteurs deux fois plus petits et plus minces que MF n’avaient pas décidé de la porter sur leurs épaules, à l’envers, comme un sac de patates!!! J’en ri encore!!

Avec un peu de recul, j’ai essayé de trouver des points positifs à cette aventure. À part une bonne histoire à raconter sur mon blog, j‘ai du mal à en trouver. Durant toute la semaine qui a suivi cette aventure, j‘ai marché comme une handicapée tellement j‘avais mal. Quand à MF, elle a les genoux disloqués, quelques ongles d‘orteils de moins et une infection sévère aux pieds. Un mois plus tard, elle doit encore se soigner.

Un mois plus tard...

Pour clore cette histoire, je voudrais la dédier à mon ami le rat, allias Elvis, avec qui j’ai partagé beaucoup d’intimité.

*Dormir en cuillère = dormir collé, collé avec une personne (généralement du sexe opposé), qu’on aime bien (habituellement!)
*Savane = endroit où poussent des herbes hautes sur une montagne à pic.

vendredi 14 janvier 2011

Le temps des fêtes


Repas du 25 décembre

«Comme tu as grassi!!»

C'est la phrase que j'entends le plus souvent depuis mon retour à Mouda. Si je ne me suis pas manifestée durant les dernières semaines, c'est parce que j'étais en congé. J'ai profité un peu de mes vacances pour faire du tourisme. J'ai donc quitté l'Extrême Nord pour visiter le Sud. J'ai laissé les cases de terres cuites pour les maisons plus modernes, le climat sec du Nord pour l'humidité du Sud, la boule de mil pour le plantain frit, la gentillesse des Nordistes pour la rudesse des Sudistes...Ce fut comme changer de pays.

J'ai passé de très belles vacances. La preuve, c'est que j'ai bien «grassi». Les villageois ne manquent pas une occasion de me le rappeler. Le Cameroun est un pays magnifique et mes deux semaines de congé m'ont permis d'y goûter.


Petit déjeuner sur la falaise
Après les 30 heures de déplacement règlementaire pour quitter Mouda et accéder à la capitale, notre première destination a été Limbé, une ville côtière majoritairement anglophone. Là-bas, nous avons séjourné dans un hôtel surplombant la mer. Tous les matins, je prenais mon petit déjeuner en regardant les vagues qui se brisaient au pied de la falaise.


Plateforme et Guinée
Le soir, nous allions manger sur une plage bien particulière, où touristes et locaux venaient savourer la ville et aussi le poisson frais. Dans cet environnement sans prétention, l'ambiance était au rendez-vous. Autour des tables disposées directement sur la plage, des pêcheurs se promenaient avec leurs sceaux de poissons frais. Des serveurs entreprenants faisaient le lien entre les pêcheurs et les acheteurs, puis entre ces derniers et les femmes chargées de faire braiser les morceaux choisis. À la fin de toutes ces transactions, le plat coûtait un peu cher, mais il en valait la peine. Entre temps, des vendeurs ambulants tentaient de nous vendre des objets typiquement africain (mais fabriqués en Chine) et des artistes improvisés (pas toujours talentueux) se chargeaient de nous divertir. Cet endroit a été un de mes coups de cœur. Pourtant, le décor était plutôt insolite. Comme toile de fond, il y avait la mer, les barques des pêcheurs sur la plage et aussi le spectacle d'une plate forme pétrolière et d'un gros rocher appartenant à la guinée équatoriale!

Nous ne sommes restés à Limbé que quelques jours. Malheureusement, nous avons dû quitter puisqu'une de nos camarades a proposé d'escalader le Mont Cameroun, un volcan encore actif. Cet épisode mérite une chronique complète qui s'intitulera... «En cuillère avec Elvis»... Une histoire à suivre...

Plage sauvage
Après l'épisode avec Elvis, les vacances ont été des plus paisibles. Nous nous sommes installés à Kribi, une autre ville côtière, francophone cette fois et nous n'y avons pas bougé. À part se baigner, marcher sur des km de plages sauvages et manger des crevettes fraîches (qui nous ont tous rendu malades), nous n'avons pas fait grand chose.



Bonne année!
Les pieds dans l'eau et la bedaine à l'air, j'ai quand même eu une petite pensée pour le Québec. Tous les gens que j'aime s'y trouvent. Honnêtement, durant cette période de fête, ils m'ont tous vraiment manqué. C'est pourquoi un matin, un peu nostalgique, j'ai écrit des mots dans le sable.



Avec un peu de retard, je vous souhaite à tous et à toutes une bonne année 2011.

lundi 6 décembre 2010

Déplacements



Transport du haut-parleur
Se déplacer à Mouda et en sortir est toujours une aventure. Pour me promener au village, je me déplace à pied. C’est le moyen le plus simple, mais pas le plus rapide. Se rendre du point A au point B ne se fait jamais rapidement. En chemin, je rencontre toujours au moins une dizaine de connaissances qu’il faut saluer pendant au moins cinq minutes. Je vous laisse donc faire le calcul... Un petit trajet peut parfois être très long!

À part cela, je travaille dans quatre villages. Pour aller d’un village à un autre, j’utilise un super vélo de montagne de 24 vitesses, aux pneus ultra résistants. En théorie! Dans la pratique, mon vélo n’a qu’une seule vitesse fonctionnelle et il se déchaîne à chaque fois que je roule sur une bosse. Quand aux pneus, je dois les gonfler avant de quitter la maison, je dois m’arrêter en route pour leur redonner un peu d’air et je dois répéter ces étapes pour le retour. Entre ce vélo et moi, il s’est développé une relation amour-haine. Souvent, il me fait perdre patience. Pourtant, sans lui, je ne pourrais ni me déplacer, ni transporter mon matériel.


Embarquement
 Mais cela n’est rien comparé à ce qu’il faut vivre pour quitter Mouda et aller en ville. Pour réaliser cet exploit, il faut s’armer de patience. De beaucoup de patience. Le village n’est qu’à 32 Km de la ville. Une fois dans la voiture, le trajet se fait en moins d’une demie heure. Par contre, pour trouver une voiture, c’est une autre histoire. Il faut d’abords se préparer à vivre un long moment de frustration, avant d’aller au bord de la route asphaltée pour ... attendre. Attendre qu’un bus pas trop chargé s’arrête. Attendre, attendre, attendre... Cela peut être trrrrrès long. J’ai déjà attendu pendant trois heures, qu’une voiture ou un bus passe et accepte de me prendre. Ici, les transports en commun suivent une logique que je ne maîtrise pas encore. Tout ce que je comprends, c’est qu’il faut être patient et s’attendre parfois à voyager dans des positions précaires, comme cette fois où j’ai roulé avec une centaine de poules suspendues à la carrosserie du bus et une vingtaine de chèvres entassées avec les humains à l’intérieur!


jeudi 25 novembre 2010

Éléphants



Attention, ce que je vais raconter peut paraître invraisemblable, mais je vous promets que tout ce que vous lirez est la pure vérité. Moi-même, je n’arrive pas encore à croire ce que j’ai vu.

Il y a peu de temps, j’ai entendu parler d’un troupeau d’éléphants qui ravageaient les champs des villages voisins. Incrédule, mais curieuse, j’ai voulu voir de mes propres yeux ce que d’autres affirmaient avoir vu.

Je me suis donc laissée entraîner par un groupe de touristes téméraires et nous sommes partis à la chasse aux éléphants. Nous avons roulé 15 minutes en voiture avant d’arriver au village assiégé par les grosses bêtes. Une fois sur place, les villageois nous ont indiqué le chemin à prendre en nous disant que les éléphants étaient «tout près, tout près». Par contre, il fallait continuer la route à pied, car le bruit du moteur pouvait les exciter.

Nous avons donc commencé à marcher. À chaque pas, les battements de mon cœur s’accéléraient. J’imaginais le troupeau d’éléphants surgir de nul part et nous attaquer. Après 20 minutes de marche sous le soleil brûlant, toujours rien. Nous avons rencontré d’autres villageois qui nous encore assuré que les éléphants étaient «tout près, tout près». Nous nous sommes donc enfoncés davantage dans la brousse.

Après une bonne heure de marche, nous avons finalement entendu le barrissement des bêtes, qui étaient maintenant vraiment tout près!!! Brrr...


Mes camarades ont continué à avancer. Moi, je me suis trouvée un arbre grand et solide et j’y ai grimpé jusqu’au sommet. Comme un éléphant pèse plusieurs tonnes et qu’il peut parcourir des kilomètres en quelques minutes, je ne me sentais pas de taille à affronter un troupeau de pachydermes en colère. En plus, j’ai promis à ma mère de ne pas faire la manchette des journaux à potins du Cameroun.

Je suis donc restée bien accrochée à mon arbre pour observer ces belles créatures. C’était vraiment impressionnant. Les bêtes étaient aussi grandes que les arbres et leurs oreilles bougeaient continuellement en faisant un bruit qui rappelle celui d’un ventilateur. C’était comme être dans une émission du Discovery Chanel. Gratuit en plus!!
Les photos ne sont pas de moi. Les autres touristes se sont beaucoup approchés des éléphants. Moi, bien installée sur mon arbre, je les ai laissé faire. Je n’avais vraiment pas envie que mon corps, ou ce qui en resterait, soit rapatrié au Canada sous forme de purée dans un petit pot de confiture.

Après un moment, une foule excitée s’est attroupée devant les éléphants et ces derniers ont commencé à s’énerver. Ils bougeaient leurs oreilles de plus en plus vite et j’ai vu plusieurs trompes se lever. Du haut de mon arbre, j’ai commencé à paniquer.

Finalement, mes camarades ont décidé de rentrer. Soulagée, mais encore un peu inquiète, je les ai suivis. Sur le chemin du retour, j’étais heureuse, car je venais de réaliser un rêve d’enfance. Par contre, j’ai aussi découvert que je n’étais pas la Indiana Jones que je croyais être!