dimanche 23 janvier 2011

En cuillère avec Elvis



Avant la randonnée

L’histoire commence par l’idée lumineuse d’une de nos camarades. Pour préserver son anonymat, appelons la MF. Un bon matin, MF propose une randonnée de trois jours sur le Mont Cameroun, un volcan en activité. Ne sachant pas ce que cela impliquait et toujours prête à vivre une nouvelle aventure, j’ai accepté de me joindre au groupe. Pour l’occasion, je me suis même acheté un petit «kit Mont Cameroun». La classe non!

Après avoir payé une fortune pour les droits d’accès à la montagne, la location des sacs de couchage, le salaire des porteurs et la nourriture, nous étions prêts à atteindre le sommet situé à 4000 m d’altitude. Trois jours de marche nous attendaient. Le premier jour, nous devions marcher 8h, le deuxième 11h et le dernier jour, un petit 7h...

Le brouillard
Les deux premières heures ont été fort agréables. Nous étions comme des petits scouts en randonnée dans la forêt tropicale. Nous chantions, nous riions, nous étions insouciants, bref la vie était belle. Ce bonheur n’a duré que deux heures. Il a disparu une fois arrivé dans la savane*. À partir de ce moment, la souffrance a commencé. Nous n’avons fait que grimper, grimper et encore grimper. Il n’y avait rien d’autre à faire. Il était même difficile d’admirer le paysage puisqu’un épais brouillard entourait la montagne.



Au milieu de nulle part...
 Après six heures d’escalade, nous sommes arrivés dans la cabane de tôle où nous allions passer la nuit. Elle était laide, sale, délabrée et couverte de graffitis. Ce n’était pas rassurant mais... Avions-nous d’autre choix? Après avoir mangé et écouté une certaine histoire de beignet magique... Nous sommes allés nous coucher dans l’horrible abri, où il faisait terriblement froid. Sur le plafond, on pouvait lire : «Elvis was here». Je me suis donc assoupie en pensant à Elvis. Je commençais tout juste à m’endormir lorsque j’ai entendu un vacarme dans la cabine voisine. Était-elle hantée?? Avant de nous coucher, nous étions seuls dans ces lieux et voilà qu’en plein milieu de la nuit, on entendait des voix. J’ai vraiment eu la frousse. Était-il possible que des gens escaladent la montagne la nuit, par un froid pareil?? Cela me paraissait invraisemblable. Pourtant, ce n’était pas des fantômes qui occupaient les lieux, mais un groupe de jeunes irrespectueux. Toute la nuit, ils ont eu un débat bruyant sur ... la meilleur façon de préparer du poulet! Leur tapage a duré jusqu’aux petites heures du matin.

Ce n’est pas tout! La cerise de la montagne a été la rencontre avec notre nouveau coloc. Au beau milieu de la nuit, MF a commencé à s’agiter dans son sac de couchage. Prise de panique, elle a allumé sa torche pour éclairer... les yeux luisants d’un rat immense qui se promenait juste à côté de nos têtes. Nous nous sommes tous levés pour emballer la nourriture, en espérant que le rat se pousse. Cela n’a pas un brin découragé notre ami rongeur qui a passé la nuit à se balader entre nos sacs de couchage. Le lendemain matin, une belle surprise attendait une de mes camarades. La bête avait rongé son sac jusqu’à le trouer.

La savane
Après cette horrible nuit, onze heures de marche nous attendaient. Il restait quatre heures d’escalade sauvage avant d’arriver au sommet et par la suite, c’était la descente qui commençait. Sans aucun enthousiasme, j’ai repris la route. Plus on montait, plus il faisait froid. À chaque fois qu’on atteignait un sommet, un autre plus haut se dressait derrière. On était perdu au milieu de nulle part, je manquais de sommeil, il faisait froid et j’avais mal partout.

Alors que nous étions presque arrivé au cratère, MF a craqué. Ses genoux ne pouvaient plus la soutenir. Celle-là même qui nous avait traîné jusque-là, était forcée de rebrousser chemin, à une heure du sommet. Comme je ne voulais pas la laisser redescendre seule et que l’idée de me faire photographier dans mon kit vert fluo ne m’excitait plus comme avant, j’ai décidé de la raccompagner.

MF, incognito...

Nous sommes donc revenus sur nos pas. Dans ma tête, nous pouvions être en ville avant la nuit. Je rêvais d’un bon lit chaud dans une chambre propre sans amis indésirables. J’imaginais la fin de mon calvaire. Malheureusement, je rêvais en couleur. Mon amie souffrait vraiment. Il a fallu 7h pour parcourir la même distance du matin. Le soir, j’ai encore partagé ma couche avec l’horrible bestiole qui était plus hyperactive que la nuit précédente.

Le lendemain, la descente a duré 10h. Elle aurait plus être plus longue si nos porteurs deux fois plus petits et plus minces que MF n’avaient pas décidé de la porter sur leurs épaules, à l’envers, comme un sac de patates!!! J’en ri encore!!

Avec un peu de recul, j’ai essayé de trouver des points positifs à cette aventure. À part une bonne histoire à raconter sur mon blog, j‘ai du mal à en trouver. Durant toute la semaine qui a suivi cette aventure, j‘ai marché comme une handicapée tellement j‘avais mal. Quand à MF, elle a les genoux disloqués, quelques ongles d‘orteils de moins et une infection sévère aux pieds. Un mois plus tard, elle doit encore se soigner.

Un mois plus tard...

Pour clore cette histoire, je voudrais la dédier à mon ami le rat, allias Elvis, avec qui j’ai partagé beaucoup d’intimité.

*Dormir en cuillère = dormir collé, collé avec une personne (généralement du sexe opposé), qu’on aime bien (habituellement!)
*Savane = endroit où poussent des herbes hautes sur une montagne à pic.

vendredi 14 janvier 2011

Le temps des fêtes


Repas du 25 décembre

«Comme tu as grassi!!»

C'est la phrase que j'entends le plus souvent depuis mon retour à Mouda. Si je ne me suis pas manifestée durant les dernières semaines, c'est parce que j'étais en congé. J'ai profité un peu de mes vacances pour faire du tourisme. J'ai donc quitté l'Extrême Nord pour visiter le Sud. J'ai laissé les cases de terres cuites pour les maisons plus modernes, le climat sec du Nord pour l'humidité du Sud, la boule de mil pour le plantain frit, la gentillesse des Nordistes pour la rudesse des Sudistes...Ce fut comme changer de pays.

J'ai passé de très belles vacances. La preuve, c'est que j'ai bien «grassi». Les villageois ne manquent pas une occasion de me le rappeler. Le Cameroun est un pays magnifique et mes deux semaines de congé m'ont permis d'y goûter.


Petit déjeuner sur la falaise
Après les 30 heures de déplacement règlementaire pour quitter Mouda et accéder à la capitale, notre première destination a été Limbé, une ville côtière majoritairement anglophone. Là-bas, nous avons séjourné dans un hôtel surplombant la mer. Tous les matins, je prenais mon petit déjeuner en regardant les vagues qui se brisaient au pied de la falaise.


Plateforme et Guinée
Le soir, nous allions manger sur une plage bien particulière, où touristes et locaux venaient savourer la ville et aussi le poisson frais. Dans cet environnement sans prétention, l'ambiance était au rendez-vous. Autour des tables disposées directement sur la plage, des pêcheurs se promenaient avec leurs sceaux de poissons frais. Des serveurs entreprenants faisaient le lien entre les pêcheurs et les acheteurs, puis entre ces derniers et les femmes chargées de faire braiser les morceaux choisis. À la fin de toutes ces transactions, le plat coûtait un peu cher, mais il en valait la peine. Entre temps, des vendeurs ambulants tentaient de nous vendre des objets typiquement africain (mais fabriqués en Chine) et des artistes improvisés (pas toujours talentueux) se chargeaient de nous divertir. Cet endroit a été un de mes coups de cœur. Pourtant, le décor était plutôt insolite. Comme toile de fond, il y avait la mer, les barques des pêcheurs sur la plage et aussi le spectacle d'une plate forme pétrolière et d'un gros rocher appartenant à la guinée équatoriale!

Nous ne sommes restés à Limbé que quelques jours. Malheureusement, nous avons dû quitter puisqu'une de nos camarades a proposé d'escalader le Mont Cameroun, un volcan encore actif. Cet épisode mérite une chronique complète qui s'intitulera... «En cuillère avec Elvis»... Une histoire à suivre...

Plage sauvage
Après l'épisode avec Elvis, les vacances ont été des plus paisibles. Nous nous sommes installés à Kribi, une autre ville côtière, francophone cette fois et nous n'y avons pas bougé. À part se baigner, marcher sur des km de plages sauvages et manger des crevettes fraîches (qui nous ont tous rendu malades), nous n'avons pas fait grand chose.



Bonne année!
Les pieds dans l'eau et la bedaine à l'air, j'ai quand même eu une petite pensée pour le Québec. Tous les gens que j'aime s'y trouvent. Honnêtement, durant cette période de fête, ils m'ont tous vraiment manqué. C'est pourquoi un matin, un peu nostalgique, j'ai écrit des mots dans le sable.



Avec un peu de retard, je vous souhaite à tous et à toutes une bonne année 2011.

lundi 6 décembre 2010

Déplacements



Transport du haut-parleur
Se déplacer à Mouda et en sortir est toujours une aventure. Pour me promener au village, je me déplace à pied. C’est le moyen le plus simple, mais pas le plus rapide. Se rendre du point A au point B ne se fait jamais rapidement. En chemin, je rencontre toujours au moins une dizaine de connaissances qu’il faut saluer pendant au moins cinq minutes. Je vous laisse donc faire le calcul... Un petit trajet peut parfois être très long!

À part cela, je travaille dans quatre villages. Pour aller d’un village à un autre, j’utilise un super vélo de montagne de 24 vitesses, aux pneus ultra résistants. En théorie! Dans la pratique, mon vélo n’a qu’une seule vitesse fonctionnelle et il se déchaîne à chaque fois que je roule sur une bosse. Quand aux pneus, je dois les gonfler avant de quitter la maison, je dois m’arrêter en route pour leur redonner un peu d’air et je dois répéter ces étapes pour le retour. Entre ce vélo et moi, il s’est développé une relation amour-haine. Souvent, il me fait perdre patience. Pourtant, sans lui, je ne pourrais ni me déplacer, ni transporter mon matériel.


Embarquement
 Mais cela n’est rien comparé à ce qu’il faut vivre pour quitter Mouda et aller en ville. Pour réaliser cet exploit, il faut s’armer de patience. De beaucoup de patience. Le village n’est qu’à 32 Km de la ville. Une fois dans la voiture, le trajet se fait en moins d’une demie heure. Par contre, pour trouver une voiture, c’est une autre histoire. Il faut d’abords se préparer à vivre un long moment de frustration, avant d’aller au bord de la route asphaltée pour ... attendre. Attendre qu’un bus pas trop chargé s’arrête. Attendre, attendre, attendre... Cela peut être trrrrrès long. J’ai déjà attendu pendant trois heures, qu’une voiture ou un bus passe et accepte de me prendre. Ici, les transports en commun suivent une logique que je ne maîtrise pas encore. Tout ce que je comprends, c’est qu’il faut être patient et s’attendre parfois à voyager dans des positions précaires, comme cette fois où j’ai roulé avec une centaine de poules suspendues à la carrosserie du bus et une vingtaine de chèvres entassées avec les humains à l’intérieur!


jeudi 25 novembre 2010

Éléphants



Attention, ce que je vais raconter peut paraître invraisemblable, mais je vous promets que tout ce que vous lirez est la pure vérité. Moi-même, je n’arrive pas encore à croire ce que j’ai vu.

Il y a peu de temps, j’ai entendu parler d’un troupeau d’éléphants qui ravageaient les champs des villages voisins. Incrédule, mais curieuse, j’ai voulu voir de mes propres yeux ce que d’autres affirmaient avoir vu.

Je me suis donc laissée entraîner par un groupe de touristes téméraires et nous sommes partis à la chasse aux éléphants. Nous avons roulé 15 minutes en voiture avant d’arriver au village assiégé par les grosses bêtes. Une fois sur place, les villageois nous ont indiqué le chemin à prendre en nous disant que les éléphants étaient «tout près, tout près». Par contre, il fallait continuer la route à pied, car le bruit du moteur pouvait les exciter.

Nous avons donc commencé à marcher. À chaque pas, les battements de mon cœur s’accéléraient. J’imaginais le troupeau d’éléphants surgir de nul part et nous attaquer. Après 20 minutes de marche sous le soleil brûlant, toujours rien. Nous avons rencontré d’autres villageois qui nous encore assuré que les éléphants étaient «tout près, tout près». Nous nous sommes donc enfoncés davantage dans la brousse.

Après une bonne heure de marche, nous avons finalement entendu le barrissement des bêtes, qui étaient maintenant vraiment tout près!!! Brrr...


Mes camarades ont continué à avancer. Moi, je me suis trouvée un arbre grand et solide et j’y ai grimpé jusqu’au sommet. Comme un éléphant pèse plusieurs tonnes et qu’il peut parcourir des kilomètres en quelques minutes, je ne me sentais pas de taille à affronter un troupeau de pachydermes en colère. En plus, j’ai promis à ma mère de ne pas faire la manchette des journaux à potins du Cameroun.

Je suis donc restée bien accrochée à mon arbre pour observer ces belles créatures. C’était vraiment impressionnant. Les bêtes étaient aussi grandes que les arbres et leurs oreilles bougeaient continuellement en faisant un bruit qui rappelle celui d’un ventilateur. C’était comme être dans une émission du Discovery Chanel. Gratuit en plus!!
Les photos ne sont pas de moi. Les autres touristes se sont beaucoup approchés des éléphants. Moi, bien installée sur mon arbre, je les ai laissé faire. Je n’avais vraiment pas envie que mon corps, ou ce qui en resterait, soit rapatrié au Canada sous forme de purée dans un petit pot de confiture.

Après un moment, une foule excitée s’est attroupée devant les éléphants et ces derniers ont commencé à s’énerver. Ils bougeaient leurs oreilles de plus en plus vite et j’ai vu plusieurs trompes se lever. Du haut de mon arbre, j’ai commencé à paniquer.

Finalement, mes camarades ont décidé de rentrer. Soulagée, mais encore un peu inquiète, je les ai suivis. Sur le chemin du retour, j’étais heureuse, car je venais de réaliser un rêve d’enfance. Par contre, j’ai aussi découvert que je n’étais pas la Indiana Jones que je croyais être!
 
 
 

samedi 13 novembre 2010

Travaux champêtres


Si un jour, il vous prend la folle envie de vous promener à Mouda en plein jour, durant le mois d’octobre, vous n’y trouverez personne. Vous aurez l’impression de visiter une ville fantôme.

En fait, durant cette période, le village se réveille à 5h30, meurt à 7h, ressuscite à 18h et il s’éteint à nouveau aux environs de 21h. Entre temps, il n‘y a personne. Les enfants qui vont à l’école sont en classe et tout les autres villageois sont aux champs. C’est la période critique des travaux champêtres.


Comme durant ces journées, je n’avais pas grand chose à faire à part chasser les poules, les chèvres, les chiens et les ânes qui vennaient quotidiennement faire kaka dans ma cour, j’ai décidé de découvrir ce qu’étaient ces fameux travaux qui monopolisaient le village au complet. Un bon matin, je me suis donc réveillée à ...6h30 (faut pas trop m’en demander!), j‘ai revêtue mon costume d‘agricultrice du dimanche et j’ai proposé à une voisine de l’accompagner dans son champs.

Nous avons marché plus d’une heure pour y arriver. Le paysage était magnifique, mais le trajet fût exigeant. Une fois sur place, nous avons tout de suite commencé à travailler.

Le travail en soi est très simple. Il faut d’abords brûler la parcelle de terre à exploiter avant de creuser des petits trous à l’aide d’une lourde tige de métal.                 
   

                                                            Une fois les trous creusés, il faut puiser de l’eau, la transporter (sur la tête) jusqu’au lieu de travail et la verser dans les trous.


Une fois ces étapes terminées, on peut finalement planter les jeunes pousses de mil.

                                   
                                                                                                                            
À première vue la tâche semble facile. Par contre, les paysans de l’Extrême nord doivent répéter ces actions des centaines de fois, durant des journées entières, dans la chaleur et sous le soleil. Ils ont pour seule machine: la force de leurs bras. Parfois, ils travaillent seuls sur des champs mesurant des dizaines d’hectares. Le travail est dur, mais il n’ont pas le choix de le faire car ici, la paresse a un prix : la faim.

On dit que l’Extrême nord est le grenier du mil du Cameroun. En effet, cette denrée est à la base de la survie de la population de cette région. Elle permet aux gens de se nourrir et sa vente leur permet de se vêtir et de se loger durant l‘année. La fin du mois de septembre, tout le mois d’octobre et le début de novembre sont des mois cruciaux, car c’est le moment précis ou les cultivateurs peuvent planter le mil jaune, la seule chose qui pousse durant la saison sèche qui vient de commencer.



J’ai travaillé au champs durant quatre heures. Le soleil, la chaleur et la dureté de ce travail répétitif ont vite eu raison de ma petite nature. Je suis donc rentrée seule sous le soleil de midi. Mais avant de partir, ma voisine m’a offert un petit cadeau qui m’a fait sourire... Un bol de sauterelles et de criquets frits!!!



Après un moment de dégoût, de consternation et d’hésitation, j’y ai goûté. C’était super bon!!! Vive les chips au sauterelles!


mardi 26 octobre 2010

Bonne fête professeur!


Le 5 octobre dernier, le Cameroun célébrait la journée internationale des enseignants. Pour l’occasion, un tissu spécial a été créé et tous les enseignants ayant les moyens se sont faits coudre un ensemble pour souligner l’événement.

Malgré le mauvais temps, une cinquantaine d’enseignants de villages différents se sont réunis à Moutourwa, le grand village du coin. L’élégance était de mise, puisque toutes les autorités importantes du coin étaient présentes. Il y avait donc les chefs de villages, le chef des chefs de village, le maire, le préfet, le sous-préfet, le chef de police, les premières dames de tous ces hommes importants, les directeurs, etc..

Ce genre de manifestation a eu lieu partout dans le pays. Dans un premier temps, tous se sont réunis dans un espace public pour la cérémonie d’ouverture. Ensuite, ils ont défilé dans les rues en chantant. Puis, un grand banquet a suivi le défilé et la fête a continué jusqu’à tard dans la soirée.

Comme mes collègues, je me suis fait coudre une belle robe, j’ai défilé, chanté et j’ai super bien mangé. Je me suis bien amusée ce jour-là. Partout où j’allais, on me souhaitait : «Bonne fête professeur!».




J’ai été très touchée par ces manifestations étant donné toutes les difficultés que vivent les enseignants de l’Extrême Nord du Cameroun. Dans ce coin reculé de l'Afrique, la deuxième chose qui nous frappe, après la beauté du paysage, c’est la pauvreté. Ici, le milieu scolaire est dur. Les écoles nont pas assez de salles de classes ni assez denseignants pour le nombre d'élèves. Dans toutes les écoles, ces derniers s'entassent sur des petits bancs pas très solides. Les classes comptent en moyenne 60 élèves. J’ai visité des classes de maternelles qui comptaient plus de 100 élèves pour un seul professeur.
Pour ce qui est des enseignants, ils sont motivés et ils font un travail impressionnant avec très peu de moyens. Par contre, lenseignement est très magistral. Les élèves n’ont pas de manuels scolaires et les enseignants sont obligés d’écrire toutes les notes de cours au tableau.
 
De plus, les enseignants reçoivent un salaire modeste et plusieurs d’entre eux sont des enseignants volontaires. En effet, comme le gouvernement ne fournit pas assez de professeurs, les communautés s’organisent pour trouver leurs propres maîtres. Ces derniers sont payés en moyenne 50$ par mois. Très souvent, ce salaire arrive avec des mois de retard et parfois, il n’arrive jamais.

Malgré toutes ces difficultés, le 5 octobre dernier, je n’ai pas défilé avec des enseignants plaintifs, découragés ou blasés. J’ai plutôt côtoyer des personnes dynamiques, sympathiques et très fières de leur profession. Durant toute la journée, ils n’ont fait que blaguer, se taquiner, boire, manger et danser.

Je n’aurais jamais cru qu’il était possible de célébrer l’enseignement de cette manière. Cette journée-là, j’ai beaucoup pensé à mes collègues du Québec, parce qu’ici, comme ailleurs, enseigner, c’est se donner corps et âme pour l’avenir d’une société. Bonne fête professeurs!

lundi 4 octobre 2010

Première semaine au village

Protocole

Durant ma première semaine dans le petit village de Mouda, mon horaire fût bien chargé. J'ai découvert que ce village, qui figure rarement sur les cartes du Cameroun, regorge de personnes importantes. En deux jours seulement, j'ai rencontré le chef du village, le chef de l'arrondissement, l'inspecteur scolaire, le représentant de l'inspecteur, le préfet, le sous-préfet, le maire, l'adjoint du maire et tous les directeurs d'école.

L'intégration

Mis à part tout ce protocole, j'ai aussi pu participer à quelques activités typiques du village. Par exemple, j'ai aidé les femmes à cueillir le gombo, j'ai été puiser de l'eau dans un étang habité par un crocodile et j'ai ensuite porté cette eau sur ma tête, j'ai goûté à la bière de mil et j'ai défeuillé le foléré. Ces expériences m'ont beaucoup aidées à m'intégrer à la communauté, mais elles n'ont pas toujours été très agréables. Après la cueillette du gombo, tout mon corps me grattait. Pour ce qui est de l'eau sur la tête, c'était tellement difficile!! Si un petit garçon deux fois plus petit et plus maigre que moi ne m'avait pas aidé, je ne me serais jamais rendue jusqu'à la maison! En plus, j'ai eu mal au cou pendant trois jours. Pour ce qui est du crocodile, je ne l'ai pas vu. Il ne sort qu'après 19 h. Quand au «défeuillage» du foléré, c'était tellement long!!!! Dans cette région, beaucoup de plats principaux ont pour base le foléré. Le foléré est une sorte de feuille qu'on retrouve sur une branche. Pour être consommée, il faut que chaque feuille soit séparée de la branche. Cet après midi-là, je crois que les femmes avaient amener une forêt de foléré à défeuiller. Une chance qu'il y avait la bière de mil pour adoucir tout cela!

Panne

En ce moment, je suis toute noire. La semaine dernière, la moto de mon collègue est tombée en panne en pleine brousse. Il était 12h30 et il faisait 30 degrés à l'ombre. Nous avons dû marcher une heure jusqu'au village voisin. Là-bas, un vieux qu'on ne connaissait même pas a essayé de nous aider. À la fin, il nous a prêté sa propre moto. Cette dernière nous à permise de nous rendre à destination, mais elle est aussi tombée en panne en arrivant au village.

Cellulaire

Dans mon nouveau chez-moi, la communication téléphonique est un peu compliquée. Je n'ai jamais assez de réseau pour le cellulaire. Je reçois un message texte une fois sur deux et c'est la même chose pour en envoyer. Pour parler, c'est une autre histoire. Je dois traverser le champs de mil, escalader la montagne et m'installer sur un rocher bien précis. À tous ceux que j'aime, je m'excuse de ne jamais vous appeler.

Nouveaux amis

Je dois m'habituer à de nouveaux amis qui me visitent tous les soirs et qui me tiennent compagnie jusqu'au petit matin. Je parle des criquets, des sauterelles, des araignées de toutes sortes et des autres petites bibittes que je découvre tous les jours. La première nuit, j'ai tué 20 sauterelles et j'en ai compter une cinquantaine dans la maison. Elles ont fait tellement de bruit que j'ai dû dormir avec des bouchons dans les oreilles. Le jour suivant, j'ai eu droit à un défilé de petits insectes plus originaux les uns que les autres. Un soir, je suis même tombée sur une menthe religieuse de 15 cm qui de promenait tranquillement sur le mur de mon salon.

Petits plaisirs

Je vous ai un peu parlé de ce qui rajoute du piment dans mes journées, mais dans l'ensemble, elles sont plutôt calmes et les choses avancent au rythme africain. Je n'ai pas encore commencé à travailler officiellement. Cela me donne la chance prendre mon temps et de profiter du moment présent. Tous les jours, je suis impressionnée par la beauté du paysage qui m'entoure. Toutes les nuits, je contemple le ciel le plus étoilé que j'aie eu la chance de voir. À part cela, les villageois sont tellement gentils et accueillants. Je ne suis pas ici depuis longtemps, mais je me suis déjà attaché à ce village.